On ressort les gants !

Début juin, je quitte le lagon de St-Martin et j’amorce cette longue remontée en solitaire en direction du Canada.

 

 

Jusqu’aux Bermudes qui se trouvent à environ mi-parcours, peu d’alizés, puis une grande zone anticyclonique sans vent. Calme et repos à bord. J’en profite pour bricoler et renforcer tous les petits trucs qui restent à faire. La veille de l’arrivée aux Bermudes, je croise la route d’un premier front froid étrangement violent alors qu’il est si bas en latitude : vent, pluie, orage. Un éclair tombe à quelques mètres du bateau, c’est surprenant, mais heureusement pas de casse. Je quitte définitivement le calme et la douceur des tropiques.

 

 

Stop de 4 jours aux Bermudes. Qu’en dire… C’est super beau, c’est super propre et les gens sont très sympas. En contrepartie, tout est ultra-cher. On se croirait à Zermatt au mois d’août. Pour exemple, les 4 dl de bière en incluant le tip reviennent à presque 10 dollars. Je descends 2 fois à terre mais j’ai envie de continuer ma route. Un nouveau front froid passe, j’attends la fin,  je remonte mon ancre et mets les voiles.

 

 

C’est dans la suite du trajet que les vraies difficultés apparaissent. Durant les premiers 400 miles, il faut slalomer entre les courants contraires entourant le Gulf Stream. Le Gulf Stream est un courant marin, une sorte de fleuve de 100 km de large au milieu de l’Atlantique Nord. ll faut absolument éviter de le traverser si le vent est contre le courant. Ça lève des mers chaotiques et extrêmement dangereuses. Quand j’arrive au sud du Gulf Stream, l’eau est encore à 28 degrés. La nuit est calme, le vent correct et j’entame ma traversée. En traversant, la mer se met à devenir courte, pas dangereuse, mais déferle systématiquement sur l’avant du bateau. J’ai oublié d’ouvrir l’évacuation de mon puits de chaîne et je mets de l’eau partout dans les fonds de cale. Le courant m’entraîne vers l’est, il doit être de 5 ou 6 nœuds, c’est normal. Au petit matin, la température commence à chuter dans le bateau et pour la première fois depuis longtemps, je mets un pull. Je contrôle dehors, ma course est revenue vers l’ouest, le courant a baissé. L’eau de la mer est maintenant à 16 degrés. Elle a perdu 13 degrés dans la nuit et ça se ressent. En effet, les eaux de l’Atlantique au nord du Gulf Stream sont refroidies par le courant du Labrador arrivant de l’Arctique, alors que le Gulf Stream arrivant des Caraïbes est très chaud. Ces deux masses d’eau ne se mélangent d’ailleurs pas.

 

 

 

La suite du trajet est typique d’une navigation dans les latitudes plus élevées. Passage de fronts, pluie, vent et brouillard à couper au couteau. Le bonnet et les gants sont de retour. L’eau est maintenant à 8 degrés et transforme le bateau en frigo. Un bon coup de vent au large de Cape Cod et j’arrive à Halifax. Fabien est arrivé la veille et Estelle arrivera dans quelques heures.

 

 

 

A Halifax, on bricole, on visite, on picole. Le 8 juillet, c’est mon anniversaire. Je me lève d’une humeur festive, prépare un petit café et décide qu’aujourd’hui ça sera apéro, resto, apéro, dodo. En prenant mon café, je découvre sur la météo que Chris, tempête tropicale allant devenir un ouragan, nous fonce dessus. Rien de dramatique, on est bien protégé, mais ça nous force à devoir rester une bonne semaine de plus à Halifax. On se concerte avec Fabien, le vent est bon avant l’arrivée de l’ouragan, on a de la marge et on lève l’ancre direction Cap-Breton 150 miles au nord. Navigation glaciale mais parfaite. Tant pis pour mon anniversaire, c’est la nature qui décide.

 

 

L’ouragan vise maintenant Cap-Breton. Dire qu’on a navigué 4000 km pour fuir la saison cyclonique et qu’on s’en ramasse un si haut. Coup de chance, il perd en force, vire à l’est au dernier moment pour s’écraser sur Terre-Neuve. On en est quitte pour 3 rafales et un peu de pluie.

 

A bientôt !

 

 

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